INTERVIEW DE SALIH MUSLIM PAR ANF APRÈS SA LIBÉRATION

Publié le 28/02/2018

Alors qu'il était à Prague pour une conférence, Salih Muslim a été arrêté par la police tchèque à la demande la Turquie le samedi 24 février. Après deux jours de détention, Salih Muslim a été remis en liberté par la justice tchèque, lundi 26 février. Salih Muslim a accordé une interview à ANF. Voici la traduction de cette interview (en anglais dans le lien ci-dessous).

- Pourquoi étiez-vous à Prague ?

Il y avait une conférence privée annuelle. Nous y étions pour représenter la Syrie du Nord et nous avions déjà tenu plusieurs sessions.

- A quel moment de la conférence avez-vous été arrêté ?

C'était le quatrième et dernier jour. C'était la fin des sessions et j'étais censé partir le lendemain.

- Où avez-vous été arrêté ?

A l'hôtel.

- Qui est venu à l'hôtel et quelle raison vous a été donnée ?

C'était la police tchèque. Ils ont dit qu'ils avaient un mandat d'arrêt, c'était un document d'un tribunal.

- Vous ont-ils dit que c'était sur demande de la Turquie ?

Bien sûr qu'ils l'on dit. Ils ont dit que tout cela arrivait à la demande de l'État turc.

- Comment avez-vous été traité en détention ?

C'était une procédure usuelle. Il n'y a pas eu d'interrogatoire. Ils m'ont directement déféré devant un tribunal. Mais la détention a duré deux jours.

- Vous êtes en Europe depuis longtemps, pourquoi cela vous est arrivé en République Tchèque selon vous ?

La Turquie s'appuie sur les relations de ses services de renseignement. Dans certains pays, ces relations existent. Ils [les services de renseignement turcs] essaient d'agir là où ils peuvent exploiter une faiblesse. Nous savons que les services de renseignement turcs s'étendent sur toute l'Europe. Ils ne peuvent pas entreprendre des actions militaires en Europe comme ils le font au Kurdistan ou en Syrie, mais ils peuvent se lancer dans des coups montés. Ils tentent de profiter de certaines défaillances des institutions judiciaires. Mais le système judiciaire tchèque en avait conscience et il savait que c'était un coup monté. C'est la raison pour laquelle j'ai été libéré.

- Avant votre arrestation, l'État turc avait mis votre tête à prix. Avez-vous le sentiment que votre vie est en danger ?

Désormais, la Turquie peut tout faire. On doit toujours l'avoir à l'esprit. Elle veut arrêter les gens partout où elle peut exploiter des faiblesses en montant des coups tordus. Ceux qui se lancent dans la chasse à l'homme relèvent de structures sans principes. Seuls les criminels ont de tels objectifs. Mais cela n'a rien à voir avec le système judiciaire, particulièrement en Europe.

- Après avoir été libéré, avez-vous été confronté à d'autres situations suspectes ou avez-vous perçu d'autres menaces ?

Les mesures de sécurité très strictes de la police (tchèque) et son insistance sur les précautions à prendre nous ont alerté. Cela signifie qu'elle détient des informations dont nous ne disposons pas et qu'elle ne nous communique pas. Il doit exister d'autres raisons expliquant le comportement de la police et sa volonté de m'accompagner de manière très rapprochée jusqu'à ce que je quitte la République Tchèque.

- Votre sortie, menotté, a suscité beaucoup de réactions.

Lorsqu j'ai été arrêté, je n'avais pas été menotté. Ils ont utilisé des menottes seulement durant 15 minutes lorsque j'ai été transféré au tribunal. Lorsque j'ai protesté, ils m'ont répondu que c'était une mesure habituelle. Je ne sais pas si cela avait d'autres significations, mais pour nous cela ne veut rien d'être menotté ou non.

- Votre détention a-t-elle un rapport avec l'invasion d'Afrin ?

J'en suis certain. Cette réaction d'irritation de la Turquie est due à la victoire là-bas. Ils sont en train de perdre à Afrin. La résistance là-bas est glorieuse. Maintenant, nous sommes la voix d'Afrin en Europe. Nous portons la voix des femmes et des enfants là-bas, nous amplifions le cri de la population. Ils ont essayé de nous faire taire. Mais ils ont échoué. Ils n'ont pas réussi.

- En parlant d'Afin, pourquoi la Turquie at-elle attaquée une région que le monde entier considère comme l'une des zones les plus paisibles et les plus sûres de Syrie ?

La raison de l'irascibilité de la Turquie tient à l'échec des nombreux groupes comme Daech qu'elle a utilisé ailleurs. Ils ont été vaincus à Kobané, ils ont été vaincus à Raqqa. Ils sont en train d'être vaincus à Deir ez-Zor. Afin de remédier en partie à cela, Afrin est la dernière possibilité. Tous les groupes terroristes d'idlib sous contrôle de la Turquie, la mette également dans une situation difficile. La Turquie est sous pression pour résoudre tout cela. Désormais, ils veulent pousser plus loin et attaquer Afrin. Tous les restes de Daech après sa défaite à Kobané, à Raqqa et même à Mossoul sont rassemblés et organisés pour attaquer Afrin. Et puis il y à d'autres groupes qui attaquent à partir du sud et de l'ouest. Ils veulent absolument prendre le contrôle d'Afrin non seulement pour y installer leurs forces mais aussi pour en bouleverser la démographie.

- Alors, peuvent-ils le faire ? Peuvent-ils réussir ?
Non, bien sûr que non. La résistance du peuple est glorieuse. Quoi qu'il arrive, ils ne réussiront jamais.

- Pourquoi la Russie a fait cela ?

Il y a d'autres intérêts sous la table. Cela peut être la question du gaz avec le pipeline. Il y a des intérêts économiques en jeu. C'est probablement la raison pour laquelle la Russie est silencieuse. La Russie viole vraiment ses propres principes. Elle prétend qu'elle va protéger l'intégrité territoriale de la Syrie, mais en l'occurrence, la Turquie a pris le contrôle de la région de Shehba, occupée. Et maintenant la Turquie veut envahir Afrin. La responsabilité de la Russie est engagée là-bas et elle devrait réagir. Mais elle reste silencieuse, pour des raisons qui lui sont propres.

- L'alliance entre la Turquie et la Russie est-elle durable ?

Je ne pense pas que ce soit stratégique. C'est une question d'intérêts et c'est temporaire. La Turquie sera un jour un fléau pour elle [la Russie]. Avec cette politique, la Turquie représente une menace pour la paix dans le monde entier. Elle veut obtenir des résultats en Europe grâce à des coups tordus de ses services de renseignement puisqu'elle ne parvient pas à en obtenir dans la région. Elle mélange la région et l'Europe. Le monde ne peut pas supporter cela et à un moment donné quelqu'un y mettra fin.

- De quelles manières la situation à Afrin affectera-t-elle les régions envahies préalablement par la Turquie, comme Jarablus et al-Bab ? Ces régions sont encore occupées par la Turquie.

Ce n'était pas seulement les Kurdes qui vivaient dans ces régions. Ils y étaient mélangés [avec d'autres]. Le jour viendra également pour ces régions [de s'opposer à l'occupation turque]. Personne ne restera silencieux. Ces régions ne peuvent pas rester sous occupation turque.

- Enfin, comment expliquez-vous que le régime syrien envoie des forces à Afrin ?

Nous avons toujours dit que nous faisions partie de la Syrie. Nous ne voulons pas faire sécession. Il est du devoir de la Syrie de protéger sa frontière, c'est une affaire de souveraineté. Malheureusement, elle ne fait pas preuve de discipline.

- Pourquoi ? Ne sont-ils pas assez forts ?
Je ne sais pas s'ils ne sont pas assez forts. Mais ils peuvent chercher à obtenir l'approbation de la Russie. Et il y a des coups tordus en place à cet effet. »

Traduit de l'anglais
Anfenglish
https://anfenglishmobile.com/features/muslim-speaks-to-the-anf-about-the-turkish-state-trick-in-prague-25195

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